PROTÉGEZ MOI !

La république du Congo est plongée dans une crise économique depuis la chute du prix du baril de pétrole en 2014. Cette crise a plusieurs conséquences pour la jeunesse. L’une de ces conséquences est le taux de chômage croissant au fil des années. Dans un milieu où la compétition pour entrer dans le monde de l’emploi est de plus en plus rude, être une femme c’est aussi s’exposé à des propositions indécentes. Et même quand elles arrivent à se frayer un chemin, dans ce monde professionnel, elles sont appelées à côtoyer la misogynie, le sexisme…  

En discutant avec des femmes venant de plusieurs pays africains aussi francophones qu’anglophones et aux profils différents, on réalise que le mal est plus profond qu’il n’y paraît. J’ai eu ma propre expérience, allant des « micro agressions », aux remarques plus prononcées et directes. Le rappel douloureux qu’il faut que nous cessions d’être des spectateurs mais agir pour éradiquer ces actions, c’est quand celles qui viennent après nous subissent les mêmes avances malsaines. 

« Les entretiens sont assez rares et certaines se terminent souvent par une proposition d’échange de relation sexuelle contre une place au sein de l’entreprise »

miss b

Hier avec une cadette, nous avons discuté de ses difficultés à trouver un emploi au Congo. Au chômage depuis 3 ans, B est une jeune femme de 23 ans ayant obtenu une licence dans le domaine de la finance. Dans l’incapacité financière de poursuivre son cycle de master, elle avait fait une pause pour économiser afin de payer son deuxième cycle. « Les entretiens sont assez rares et certaines se terminent souvent par une proposition d’échange de relation sexuelle contre une place au sein de l’entreprise ». Pour son dernier entretien, nous avions pris soin de choisir une tenue assez stricte et un maquillage sobre. Vous savez, dans les questions concernant le harcèlement sexuel, la question récurrente qu’on pose aux victimes c’est comment elles étaient habillées ; alors oui, elle était correcte. Malheureusement, l’entretien qui était censé être professionnel, s’est terminé par une proposition de poursuivre devant un verre dans un hôtel de la place,. Inutile de vous en faire un dessin. Le plus dur a été de ne rien faire, de rester passive car, agir aurait pu porter un coup à sa carrière naissante. Elle débutait dans le milieu et ne voulait pas se faire griller.

Cette histoire me ramène à la mienne, l’expérience qui m’a vraiment marquée était en 2017 quand j’avais du mal à trouver un emploi. Dans un ministère avec mes documents en main, un monsieur que j’avais rencontré dans les couloirs et qui promettait m’aider, me proposait implicitement des relations sexuelles en échange d’un stage. Il m’a d’abord demandé mon âge, le diplôme que j’avais ainsi que le quartier où je vivais. La suite fut de me proposer d’en discuter un peu plus dans une chambre d’hôtel. Il avait ajouté que vu le quartier d’où je venais en soit ça ne devrait pas poser de problème parce que je connaissais déjà comment ça se passait. Je pense que sur le plan professionnel, je n’ai jamais été aussi blessée dans mon amour propre. 

En rentrant je l’ai raconté à ma grand-mère les larmes aux yeux. Je ressentais un mélange d’humiliation et de découragement. Elle m’a dit que ce n’était que le début malheureusement, que je devrais m’y faire car tout le long de ma vie ça serait comme ça. Je suis une FEMME et c’est ce qui se passe. J’ai ensuite pensé à exposer ce monsieur sur les  pages Facebook congolaises pour que d’autres filles comme moi ne tombent pas dans ce piège. Mais la brutale réalité est que je pouvais gâcher ma carrière qui n’avait même pas commencé. Vu sa position il était capable de détruire ma vie s’il le voulait. D’ailleurs, deux ans après, durant une conversation avec une collègue mariée, on a réalisé qu’elle avait subi la même chose quelques mois après mon expérience.

Aujourd’hui au Congo et plus largement en Afrique on n’est pas protégé en tant que femme. La femme que je suis ne se sent pas protéger. Une amie m’a dit qu’il n’y avait aucune chance qu’elle le subisse en France parce que ce monsieur serait sûrement brisé et toute sa carrière avec. Mais chez nous c’est encore des monnaies courantes. Nombreuses  femmes le subissent en silence par peur des représailles. Aujourd’hui encore, suivant la position de l’homme qui serait en face de moi, je serai tenté de me taire, parce que le révéler au grand public c’est parfois risquer sa vie.

On a failli, on a tous failli, chacun à son niveau ; certains moins que d’autres mais on est tous responsables. Autant ce jour je n’ai rien fait face à cet homme, j’ai permis que ma collègue le subisse à son tour. J’ai failli quand je n’ai pas su protéger ma sœur et je lui ai suggéré d’abandonner et de garder le silence comme moi. Ma grand-mère a failli ce jour-là en m’apprenant la résilience : subir en silence parce qu’être une femme c’est aussi fermé les yeux sur des choses aussi graves. L’état a failli parce qu’elle ne me protège pas. Il y a ce trafic d’influence tellement puissant que parler c’est un risque trop élevé à prendre. L’État ne met pas en place des moyens de répression conséquents. Les entreprises ont failli parce qu’elles ne mettent pas en place de vraies politiques pour la protection des salariés, quel que soit leur genre. 

Chacun à son niveau doit prendre ses responsabilités pour endiguer ce problème ; ceux et celles qui viennent après nous méritent mieux !


4 réflexions sur “PROTÉGEZ MOI !

  1. Lilimoi, tu sors de l’anonymat aujourd’hui et même sans donner des noms, tu rectifies ton silence. Je tiens à te remercier de parler au nom de nous toutes femmes congolaises, qui avons subi cette misogynie et ces harcèlements en milieu professionnel.
    Pour aller plus loin, comment penses-tu que nous jeunes femmes congolaises, pouvons aider l’État à nous protéger ?

    J’aime

    1. Le but de la l’article c’est ouvrir la discussion sur ce sujet. Alors je pense que la première solution c’est que la loi mette en place des lois pour protéger ces femmes. Et ensuite les moyens de répression doivent être dur

      J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s